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Centre de recherche sur les représentations artistiques et littéraires
en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle (1688-1815)

Responsable : Frédéric Ogée

Afin de reconstituer un séminaire de recherche interdisciplinaire sur le XVIIIe siècle britannique tel qu'André Parreaux l'avait créé à l'Institut Charles V à la fin des années 1970 avec son Centre d'étude de la Grande-Bretagne à l'époque pré-industrielle, ce nouveau Centre se donne pour but de réunir plusieurs fois par an tous ceux (universitaires, doctorants, etc.) qu'un travail de recherche approfondi sur un thème suivi intéresse.

Le thème choisi pour 1997-1998 (et sans doute au-delà) est :

Échanges.

Un texte de présentation accompagne la présente circulaire (voir ci-dessous).

Après avoir, lors d'une première séance, défini les grandes lignes du sujet et établi un programme de travail, le groupe se réunira environ une fois par mois, périodicité exigeante mais qui devrait permettre un véritable approfondissement. Au cours de chaque séance, selon le thème du jour, plusieurs formes de travail seront possibles :

À l'occasion, et autant que les modestes ressources du Centre le permettront, un intervenant extérieur (chercheur étranger et/ou d'une autre discipline, etc.) pourra être invité afin d'apporter un éclairage complémentaire sur une question.

Un «Bulletin» pourra être rédigé à l'issue de chaque séance, qui servirait à la fois de compte rendu et de bloc-notes d'information, et assurerait un lien avec ceux qui ne pourront assister à toutes les séances. L'équipement informatique de l'Institut Charles V nous permettra d'annexer régulièrement ces informations au site Internet de l'UFR d'études anglophones de Paris 7 ce qui facilitera aussi les contacts avec les universités étrangères.

Selon la nature et la progression de notre travail au fil des mois, nous pourrons envisager une publication (plusieurs possibilités) et l'organisation d'un colloque (dans le cadre du plan quadriennal signé par Paris 7 avec le ministère, un colloque de notre Centre a été programmé pour l'année 2000).

Sauf modification, les réunions auront lieu le lundi de 17h30 à 19h30, en salle C40 à l'Institut Charles V.

La première réunion est fixée au :

lundi 27 octobre 1997.

Les réunions suivantes auront lieu (à confirmer) les 17 novembre, 15 décembre, 12 janvier, 9 février, 9 mars, 6 avril et 4 mai.

Pour faciliter l'organisation de ces rencontres, et notamment préparer la première d'entre elles, merci de me faire part de vos réactions et de vos propositions de participation aux activités du Centre.

Frédéric Ogée
Tél. (Charles V) : 01 44 78 34 04 ou 34 13
Téléc. : 01 42 78 12 47
Internet : ogee@paris7.jussieu.fr


Centre de recherche sur les représentations artistiques et littéraires
en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle (1688-1815)

Échanges

Dans l'Angleterre du XVIIIe siècle, l'échange est à la fois une pratique consciente et une structure profonde, ce que Umberto Eco appellerait une «métaphore épistémologique». Recherché et présenté comme indice de modernité dans les comportements sociaux, les démarches scientifiques, les théories et les réalisations artistiques, c'est aussi une «forme» d'esprit induite par la prédominance croissante d'une économie de marché et la diffusion des idées empiristes.

L'échange a de tous temps été au coeur de la vie sociale et de ses représentations ou métaphorisations. Ce qui, dans le XVIIIe siècle anglais, donne à cette pratique (à l'idée que l'on s'en fait comme à l'image que l'on s'en donne) un relief et une modernité remarquables, c'est précisément qu'après les turbulences du XVIIe siècle et avec l'avènement d'une période de stabilité et de prospérité sans précédent, les formes de comportement social, les «échanges» de l'individu avec les différents cercles de son entourage (conjoint, enfants, voisins, collègues, représentants civils ou religieux, Dieu) connaissent de profonds bouleversements et sont en complète re-définition et ré-évaluation. Trois grandes mutations accompagnent et encouragent ce phénomène : la mise en oeuvre progressive du «contrat» politique entre le peuple et ses gouvernants (éveil d'une conscience politique, émergence de la notion d'alternance, effacement du monarque); la pratique de plus en plus étendue, à tous les échelons de l'économie, du crédit et de la dette et, de Mandeville à Adam Smith, le développement d'une réflexion philosophico-économique sur la nature et la «valeur» des échanges entre intérêt particulier et bien collectif; enfin, la conviction grandissante, sous l'influence des philosophes et des moralistes empiristes autant que des scientifiques de la Royal Society, que la connaissance (des sciences, de soi, des autres) n'est pas une donnée absolue, un a priori abstrait, mais la résultante toujours instable d'un constant échange entre le «spectateur» attentif et la Nature («Consciousness is always consciousness of something», écrit Hume ).

Dès lors que l'on s'intéresse à cette question, on est vite submergé par les innombrables «traces» de ces nouvelles pratiques d'échanges, souvent frictionnels : «Whigs and Tories», «Country and City», «landed and moneyed interests» (et le formidable corpus de pamphlets et autres textes satiriques qui alimentent leurs rapports), «high and low» (Church, culture, etc.), mais aussi Kit Cat Club, «canal mania», voyages, émergence de la famille nucléaire, redéfinition des «territoires» masculin et féminin, etc.

Dans l'optique de notre Centre, telle qu'elle est définie par son nom, notre travail portera avant tout sur la façon dont cette pratique «moderne» de l'échange est, consciemment ou inconsciemment, mise en oeuvre dans les théories et pratiques artistiques au cours du siècle. Dans tous les cas, l'échange pourra être étudié comme pratique, comme thème ou comme forme, et ce sont bien les caractéristiques de sa «modernité» au XVIIIe siècle que l'on cherchera à mettre en évidence. Les champs d'investigation sont aussi vastes que variés. Par exemple :

* en littérature, on pourra s'intéresser à l'émergence du roman anglais, depuis la conversation des essais périodiques jusqu'à la façon très remarquable dont, de Defoe à Jane Austen, les auteurs y négocient avec leurs lecteurs les termes du «contrat» de fiction (et ainsi le «blanchiment» progressif de la notion même de fiction, concept problématique tout au long du siècle); la pratique de l'épistolarité; toutes les formes de dialogue poétique (imitation/importation des grands textes anciens; épîtres; échanges avec la nature, la ruine, etc.); l'énergie frictionnelle du «rhymed couplet» d'un Pope; les récits de voyage; le sentimentalisme et sa pratique de la «sympathie» émotionnelle; les transferts et échanges opérés grâce à la création du mythe gothique; etc.

* dans les arts visuels, le rôle primordial joué par la «conversation piece» dans l'émergence de la peinture anglaise, qui s'affirme ensuite dans deux voies personnelles (le portrait et le paysage) qui toujours représentent la conversation de l'Angleterre avec elle-même; le rôle de la peinture (cf. la Hollande au siècle précédent) dans la valorisation d'un commerce et d'une prospérité moralement «corrects»; le travail d'éducation visuelle entrepris par Hogarth, dont toutes les oeuvres cherchent un échange perceptif (résumé par la ligne serpentine); le «Picturesque» et la vogue du tourisme pictural; etc.

* à la charnière entre littérature et peinture, mais aussi bien au-delà, la conversation complexe qu'entretiennent image et texte d'un bout à l'autre de la période, de l'interprétation fluctuante du «ut pictura poesis» horacien aux hiérarchisations académiques, de l'émergence d'une culture visuelle au sein d'une communauté très attachée à l'importance du Texte à la prise de conscience progressive de l'existence de l'imaginaire; etc.

* dans les jardins, l'abandon de la géométrisation de la nature au profit d'un jardin de plus en plus en symbiose avec le paysage environnant, destiné à des expériences de parcours individuels, où le promeneur converse par association d'idées avec le lointain (dans le temps comme dans l'espace, entre ruines et pagodes) avant de se perdre dans le parc ouvert à l'infini.

* en musique, l'émergence d'une pratique recommandée (et représentée) de la musique de chambre, autre forme de conversation; les phénomènes de transfert et d'identification à la source du succès de l'oratorio haendelien; la forme «dialoguée» du concerto grosso; etc.

* guidant ou suivant toutes ces pratiques, l'émergence, de Addison à Coleridge (pour faire simple), de l'esthétique en tant que discours constitué et autonome, l'esthétique qui n'est autre que l'analyse des «effets» de l'art, c'est-à-dire les conditions qui président aux échanges (intellectuels, émotionnels) entre l'oeuvre et celui qui la perçoit. De surcroît, la figure et le rôle de l'artiste connaissent une mutation considérable. L'affaiblissement du mécénat et la commercialisation du travail de l'artiste entraînent une redéfinition de son rôle au sein de la communauté. Lui qui donnait son art contre des gratifications l'échange désormais contre de l'argent. Parallèlement (et parfois contradictoirement), on assiste à un véritable échange de rôles : après avoir conquis son indépendance artistique, l'artiste se pose de plus en plus en nouveau phare de la communauté, spectateur et lecteur privilégié des résonances mystérieuses de la Nature, médiateur poétique des échanges entre l'humain et le divin.

* on pourra aussi s'intéresser à l'émergence, dans la seconde moitié du siècle, et dans de nombreux domaines, d'une très nette volonté (idéologiquement suspecte) de mettre un terme à l'instabilité des échanges (ou aux fluctuations de leur valeur), perçue désormais comme pernicieuse. Après l'effervescence, l'heure est à la remise en ordre et au classement : histoires, biographies, encyclopédies, traités, recueils prolifèrent. Adam Smith, David Hume et Edward Gibbon, Samuel Johnson, Edmund Burke, Horace Walpole, Joshua Reynolds, Charles Burney, Joseph Warton, et bien d'autres, tentent d'organiser (certains disent de contrôler) les nouvelles pratiques en codifiant et hiérarchisant les rapports entre tradition et modernité, d'une façon qui tend à figer l'échange, ou tout au moins sa «valeur».

La variété des sujets à aborder et la nécessité d'éviter l'éparpillement en restant bien centré sur le sujet tel qu'il se définira peu à peu (après tout, il s'agit bien d'un Centre de recherches) empêchent bien entendu l'établissement de toute bibliographie. Celle-ci prendra corps au cours du travail. À titre d'entrée aléatoire en matière, citons deux ouvrages récents, l'un très général et l'autre très spécialisé, qui mettront l'eau à la bouche aux plus impatients :


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