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Canadian Society for Eighteenth-Century Studies
SCEDHS. Société canadienne d'étude du dix-huitième siècle |
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L'objectif de cette thèse est double. Il s'agit, d'une part, de décrire et d'analyser la pratique épistolaire de Denis Diderot (1713-1784) dans l'ensemble de ses lettres familières. D'autre part, par le rapprochement de cette correspondance avec d'autres qui lui sont contemporaines, on fournira les éléments d'une poétique de la lettre au XVIIIe siècle.
Le corpus est constitué de 770 lettres familières écrites par Diderot entre 1742 et 1784. L'édition de référence est celle qu'ont publiée Georges Roth et Jean Varloot aux Éditions de minuit (1955-1970, 16 vol.). Les inédits parus depuis l'achèvement de cette édition ont également été mis à contribution. Les textes que Diderot destinait expressément à la publication (articles de la Correspondance littéraire, préfaces, textes de la dispute sur la postérité avec Falconet, etc.), les écrits dont la nature épistolaire est incertaine, les lettres qu'il a reçues et celles échangées entre tiers n'ont pas été retenus. Les textes conservés avaient à l'origine une destination privée (il conviendra de réfléchir à la distinction du public et du privé au XVIIIe siècle).
La poétique proposée s'appuie sur une description minutieuse des textes de la correspondance, sur la conception de types et de catégories permettant d'organiser les éléments issus de la description, sur une description historique du système des genres et sur une lecture critique des textes consacrés à l'épistolaire et au dialogue, diderotien en particulier. Le corpus est interprété dans sa dimension thématique, rhétorique et pragmatique (la lettre est une performance, un acte, un geste), non en tant que réservoir de documents historiques.
Après une revue des principaux travaux récents sur la théorie de l'épistolaire, un survol de l'histoire du genre et un rappel des interprétations de la correspondance de Diderot, le travail est découpé en six parties. Genre paradoxal, la lettre est d'abord décrite à partir de ce qui est à la fois un de ses thèmes et ce qui lui donne, en bonne part, sa spécificité : l'absence, vécue comme une expérience à la fois dysphorique et euphorique. Un certain traitement du temps est propre à l'épistolaire : au-delà des lieux communs, quand ce n'est pas grâce à eux, la lettre mêle différentes temporalités afin que s'estompe la souffrance d'un présent douloureux. Une attention spéciale doit être accordée ici à la figure de la répétition. La troisième partie porte sur la spécularité spécifique de la lettre : comme plusieurs autres genres dits intimes, la lettre est en constante autoreprésentation, mais, contrairement à eux, elle est aussi une forme de communication explicitement destinée à autrui. La question de la destination de la lettre est particulièrement complexe au XVIIIe siècle, du fait de la circulation souvent publique de textes relevant d'un genre que l'on considère aujourd'hui comme privé. L'avant-dernier chapitre est consacré à une étude approfondie des rapports de la lettre et de l'échange oral. Si l'on a beaucoup répété que celle-là est une «conversation par écrit», on a peu souvent tiré les conclusions qui s'imposent de cette analogie. L'analyse de la figure du triangle dans la correspondance, enfin, permet de mettre au jour une des structures profondes de l'imaginaire épistolaire de Diderot : pour écrire, il ne faut pas être deux, mais plutôt trois.
Certains des phénomènes textuels répertoriés, décrits et analysés dans cette thèse peuvent parfois sembler spécifiquement diderotiens, mais, dans l'ensemble, on les interprétera par rapport à un état précisément déterminé du discours social. Il s'agira de reconstruire cet état pour un genre en particulier, la correspondance, et à partir de l'étude d'une série de textes, ceux de Diderot, dont on montrera qu'à certains égards ils ont valeur exemplaire.
Mots clés : Diderot, Denis; correspondance; littérature française; XVIIIe siècle; poétique.
Publication
Melançon, Benoît, Diderot épistolier. Contribution à une poétique de la lettre familière au XVIIIe siècle, Montréal, Fides, 1996, viii/501 p. Préface de Roland Mortier. ISBN : 2-7621-1881-6.
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